Technicien observant un système de dépoussiérage industriel dans un atelier de métallurgie
Publié le 5 février 2026

Votre système d’aspiration ne tire plus assez. Les opérateurs toussent. Et vous avez cette inspection du travail dans trois mois. Le problème ? Choisir le mauvais équipement peut vous coûter deux fois : une première à l’achat, une seconde quand il faudra tout reprendre. J’accompagne des responsables maintenance depuis plus de dix ans sur ces projets, et je vois toujours les mêmes erreurs se répéter.

Les 4 critères essentiels en 30 secondes

  • Type de polluant : poussières, fumées ou brouillards (ça détermine la technologie)
  • Configuration atelier : postes fixes = centralisé, postes mobiles = unités flexibles
  • Contraintes réglementaires : ATEX obligatoire si poussières combustibles
  • Budget global : investissement + maintenance + énergie sur 5 ans

Pourquoi le choix de votre système de traitement de l’air mérite une vraie réflexion

Soyons honnêtes : un système de traitement de l’air industriel, ça représente un investissement conséquent. On parle de 5 000 € à 30 000 € pour un dépoussiéreur industriel performant, selon une étude tarifaire HelloPro de mai 2025. Mais le vrai coût, c’est celui d’un mauvais choix : reprise complète de l’installation, arrêt de production, et potentiellement des sanctions.

4mg/m³

concentration maximale en poussières totales sur 8h selon le Code du travail

Ce que la réglementation impose est clair : selon les articles R4222-1 à R4222-26 du Code du travail, l’employeur doit maintenir « un état de pureté de l’atmosphère propre à préserver la santé des travailleurs ». Concrètement, ça signifie des concentrations moyennes qui ne doivent pas dépasser 4 mg/m³ pour les poussières totales et 0,9 mg/m³ pour les poussières alvéolaires. Et ces seuils, croyez-moi, on les dépasse vite dans un atelier d’usinage ou de soudage mal ventilé.

Le piège classique ? Raisonner uniquement sur le prix d’achat. Dans mon accompagnement de clients industriels, je constate que les coûts de maintenance et d’énergie sur cinq ans peuvent représenter autant, voire plus, que l’investissement initial. Un système moins cher à l’achat mais gourmand en consommables ou en électricité finit par coûter beaucoup plus cher.

Les trois grandes familles de solutions : laquelle correspond à votre atelier ?

Avant de comparer des devis, il faut comprendre quelle famille de solutions correspond à votre configuration. C’est là que beaucoup de responsables maintenance se perdent : les commerciaux présentent leurs produits sans forcément expliquer pourquoi telle technologie convient ou non. Pour explorer les différentes approches du traitement de l’air industriel, il faut d’abord clarifier votre besoin réel.

Le captage localisé avec bras articulé permet d’adapter la position au travail en cours



Système centralisé : pour les ateliers à postes fixes multiples

Le principe est simple : une centrale d’aspiration reliée par un réseau de gaines à plusieurs points de captage. C’est la solution historique, et elle reste pertinente quand vous avez plus de cinq postes fixes qui fonctionnent en simultané. L’avantage ? Un seul équipement à maintenir, des filtres de grande capacité, et généralement un meilleur rapport performance/coût sur le long terme.

La contrepartie, c’est l’encombrement et la rigidité. Une fois le réseau installé, difficile de déplacer un poste de travail. Et si vous ajoutez des machines, il faut vérifier que le débit total reste suffisant. J’ai vu des ateliers où le système centralisé, prévu pour six postes, en alimentait finalement neuf. Résultat : tout le monde était mal aspiré.

Unités modulaires : flexibilité et évolutivité

Les unités modulaires, c’est un peu le compromis entre puissance et souplesse. Chaque module traite une zone ou un groupe de postes. Vous pouvez en ajouter au fil de la croissance de l’atelier sans tout reprendre. C’est particulièrement adapté aux PMI qui ne savent pas précisément comment leur production va évoluer dans les trois prochaines années.

Le revers de la médaille : plusieurs équipements à maintenir, donc plus de points de contrôle. Et attention au dimensionnement de chaque module : un module sous-dimensionné dans un coin de l’atelier, et c’est toute la zone qui souffre.

Solutions mobiles : quand la polyvalence prime

Les dépoussiéreurs mobiles (comptez entre 3 000 € et 15 000 € d’après les données marché) sont parfaits pour les interventions ponctuelles ou les postes qui changent régulièrement de place. Un atelier de maintenance générale, des travaux de rénovation, des opérations de nettoyage industriel : c’est là qu’ils excellent.

Mais soyons clairs : une unité mobile ne remplacera jamais un système fixe pour une production continue. La capacité de filtration est moindre, le bruit souvent plus présent, et il faut compter sur l’opérateur pour bien positionner le captage. Dans la vraie vie, ce positionnement est rarement optimal.

Quel système pour votre atelier ? Le diagnostic en 4 questions

  • Vos postes de travail sont-ils fixes ou mobiles ?
    Si fixes → orientation système centralisé. Si mobiles → orientation unités modulaires ou mobiles.
  • Vos poussières sont-elles combustibles (bois, aluminium, plastiques) ?
    Si oui → certification ATEX obligatoire. Si non → solutions standard possibles.
  • Combien de postes d’extraction fonctionnent simultanément ?
    Moins de 5 → unités autonomes envisageables. Plus de 5 → centrale d’aspiration recommandée.
  • Prévoyez-vous une évolution du nombre de postes à 3 ans ?
    Si oui → privilégier modularité et léger sur-dimensionnement. Si non → dimensionnement au plus juste acceptable.

Ce récapitulatif vous donne une première orientation. Les critères varient selon votre secteur d’activité et la configuration de vos locaux.

Centralisé vs Modulaire vs Mobile : le comparatif terrain
Critère Centralisé Modulaire Mobile
Investissement initial 15 000 – 30 000 € 8 000 – 20 000 € 3 000 – 15 000 €
Coût maintenance/an Modéré (1 seul équipement) Variable (plusieurs unités) Faible
Encombrement Important (gaines + centrale) Moyen Réduit
Évolutivité Limitée Bonne Excellente
Cas d’usage idéal Atelier >5 postes fixes PMI en croissance Interventions ponctuelles

Les 5 critères que vous devez absolument vérifier avant de signer un devis

Franchement, je ne compte plus les dossiers où le client a signé un devis sans poser les bonnes questions. Ce n’est pas de la mauvaise volonté : c’est juste que le jargon technique noie l’essentiel. Comme le rappelle l’INRS dans ses recommandations 2024, le captage à la source reste toujours plus efficace que la ventilation générale. Encore faut-il que le système soit correctement dimensionné.

La vérification des spécifications techniques avant signature évite les mauvaises surprises



Le premier critère, c’est le débit d’extraction nominal. Vérifiez qu’il correspond au nombre RÉEL de postes qui fonctionnent simultanément, pas au nombre théorique. Le deuxième, c’est la certification ATEX si vous travaillez le bois, l’aluminium ou certains plastiques (j’y reviendrai dans la section suivante). Le troisième concerne les coûts de consommables : demandez une estimation sur trois ans, pas juste le prix des filtres à l’unité.

Pour le quatrième critère, regardez la consommation électrique estimée. Un ventilateur surdimensionné qui tourne en permanence peut représenter plusieurs milliers d’euros par an. Et le cinquième ? L’évolutivité. Si vous ajoutez deux postes dans dix-huit mois, le système suivra-t-il sans tout reprendre ?

Si votre projet s’inscrit dans une démarche de modernisation globale de vos installations, pensez à consulter les aides pour la rénovation énergétique qui peuvent parfois couvrir une partie de l’investissement.

Les 10 questions à poser AVANT de signer un devis



  • Le débit nominal est-il calculé pour le nombre RÉEL de postes simultanés ?


  • La certification ATEX est-elle incluse et documentée si nécessaire ?


  • Quels sont les coûts de consommables (filtres) sur 3 ans ?


  • Quelle est la consommation électrique estimée par an ?


  • Le système est-il évolutif si vous ajoutez des postes ?

Les erreurs de dimensionnement qui coûtent cher (et comment les éviter)

Dans mon accompagnement de clients industriels, je constate régulièrement que le sous-dimensionnement du débit d’extraction reste l’erreur la plus coûteuse. Un système prévu pour quatre postes mais utilisé sur six en période de pointe perd jusqu’à 40% d’efficacité. Ce constat vaut particulièrement pour les ateliers d’usinage ou de soudage ; la situation peut différer selon la configuration des locaux.

Attention : sous-estimer le nombre de postes fonctionnant simultanément expose les opérateurs et peut entraîner une non-conformité aux VLEP (valeurs limites d’exposition professionnelle). La reprise d’un système sous-dimensionné coûte souvent plus cher que l’installation initiale.

Un filtre encrassé signale souvent un dimensionnement insuffisant ou une maintenance négligée



L’autre erreur classique concerne la réglementation ATEX. Selon la réglementation ATEX rappelée par l’INRS, les équipements destinés aux atmosphères explosibles doivent être certifiés depuis l’application de la directive 2014/34/UE en avril 2016. Le problème ? Certains fournisseurs « oublient » de mentionner cette certification dans leurs devis, et vous ne le découvrez qu’au moment de l’inspection.

Cas terrain : PMI agroalimentaire en Bretagne

J’ai conseillé Marc, directeur technique d’une PMI de conditionnement de poudres alimentaires près de Rennes. Son premier fournisseur avait « oublié » la certification ATEX zone 22 dans le devis initial. On l’a découvert en phase finale de validation. Résultat : changement de fournisseur en urgence, délai rallongé de six semaines, surcoût d’environ 15%. La leçon ? Toujours exiger la certification ATEX documentée dès le premier devis, pas après.

Conseil pro : Sur les projets que j’ai accompagnés, comptez entre 4 et 6 mois de l’audit initial à la mise en service effective. Les délais de fabrication sur mesure représentent souvent la moitié de ce temps. Anticipez.

Vos questions sur le choix d’un système de traitement de l’air

Quelle différence entre filtre à manches et filtre à cartouches ?

Les filtres à cartouches offrent une surface filtrante supérieure pour un encombrement réduit. Ils sont souvent privilégiés quand l’espace est limité. Les filtres à manches, plus traditionnels, restent pertinents pour les gros débits et les poussières abrasives. Le choix dépend de votre type de polluant et de la place disponible.

Mon atelier est-il concerné par la réglementation ATEX ?

Si vous travaillez le bois, l’aluminium, le magnésium, certains plastiques ou des produits alimentaires en poudre, vous êtes probablement concerné. La directive 1999/92/CE, transposée dans le Code du travail, impose d’évaluer le risque d’explosion et de classer les zones. Un bureau d’études peut vous accompagner sur ce point précis.

Combien coûte un système de dépoussiérage industriel ?

Ça tourne entre 5 000 € et 30 000 € pour un dépoussiéreur industriel fixe, selon la capacité et les options. Les unités mobiles démarrent autour de 3 000 €. Mais le vrai budget, c’est l’investissement initial plus les coûts de maintenance et d’énergie sur cinq ans. Demandez toujours une estimation globale.

Puis-je installer moi-même un système d’extraction ?

Pour une unité mobile simple, c’est envisageable. Pour un système centralisé avec réseau de gaines, je déconseille fortement. Le dimensionnement des conduits, les pertes de charge, l’équilibrage des débits : ce sont des calculs techniques qui conditionnent l’efficacité. Une installation mal réalisée peut être moins performante qu’un simple ventilateur.

À quelle fréquence faut-il changer les filtres ?

Ça dépend énormément du type de poussière et du volume traité. En moyenne, comptez un remplacement tous les 6 à 18 mois. Certains systèmes intègrent un décolmatage automatique qui prolonge la durée de vie. Le bon indicateur, c’est la perte de charge : quand elle augmente au-delà d’un certain seuil, il est temps de changer.

Si vous souhaitez approfondir la dimension énergétique de votre projet d’installation, consultez notre guide de la rénovation énergétique pour une vision globale des enjeux et des solutions.

La prochaine étape pour vous

Mon avis, après avoir accompagné des dizaines de projets similaires : ne demandez jamais de devis avant d’avoir fait (ou fait faire) un audit terrain. Même sommaire. Parce que sans mesures réelles, sans comptage précis des postes simultanés, sans identification claire de vos polluants, vous comparez des choux et des carottes.

Commencez par noter pendant une semaine le nombre maximum de postes qui tournent en même temps. Identifiez précisément ce que vous aspirez (poussières métalliques, fumées, brouillards d’huile). Et posez-vous cette question : votre atelier va-t-il évoluer dans les trois prochaines années ? Ces trois informations valent plus que n’importe quelle brochure commerciale.

Rédigé par Amandine Leroux, spécialiste en solutions de traitement de l'air industriel exerçant en bureau d'études depuis plus de 10 ans. Elle accompagne les PMI et ETI dans le dimensionnement et le choix de leurs systèmes d'extraction et de filtration. Son expertise couvre les secteurs métallurgie, agroalimentaire et plasturgie, avec une attention particulière aux contraintes réglementaires (ATEX, VLEP) et à l'optimisation des coûts d'exploitation.